
Le chiffre est tombé comme un couperet sur la lagune Ébrié : 30 000 milliards de francs CFA. C’est l’ardoise colossale que traîne désormais la Côte d'Ivoire. Si le gouvernement vante une économie « championne de la croissance », la réalité des chiffres donne le vertige et commence à sérieusement brûler les doigts des décideurs à Abidjan
La dette ivoirienne de 30 000 milliards de FCFA impacte le panier de la ménagère à travers une hausse de la TVA sur les produits de base et des taxes accrues sur les services numériques. Le désengagement de l'État dans les subventions énergétiques entraîne une augmentation du coût de l'électricité et du transport, limitant ainsi le pouvoir d'achat face à des salaires stagnants.
L’ivresse de l’emprunt
Depuis une décennie, la Côte d'Ivoire vit sous perfusion de crédits internationaux. Eurobonds, prêts du FMI, financements bilatéraux... tout a été sollicité pour transformer le pays en un vaste chantier. Ponts de prestige, autoroutes et stades de la CAN ont un prix : celui d'une dette qui a quadruplé en dix ans.
Aujourd'hui, l'heure des comptes a sonné. Avec la remontée des taux d'intérêt mondiaux et un dollar qui dicte sa loi, chaque milliard emprunté hier coûte aujourd'hui le double à rembourser.
Le « service de la dette » : le monstre qui dévore tout
Le problème n'est plus seulement le montant global, mais la capacité du pays à payer ses traites. Le « service de la dette » — c'est-à-dire l'argent que l'État doit verser chaque année pour ne pas faire faillite — est devenu le premier poste de dépense du budget national.
- L'effet ciseau : Plus l'État rembourse ses créanciers étrangers, moins il lui reste d'argent pour les hôpitaux, les écoles et les salaires des fonctionnaires.
- La pression fiscale : Pour éponger cette ardoise, le gouvernement n'a plus d'autre choix que de presser le contribuable. Nouvelles taxes sur le numérique, impôts sur l'immobilier, TVA élargie... le panier de la ménagère ivoirienne est la première victime collatérale de ces 30 000 milliards.
Vers un scénario à la ghanéenne ?
Dans les couloirs du Plateau, le quartier des affaires, une peur sourde s'installe : celle de subir le même sort que le voisin ghanéen, forcé au défaut de paiement il y a quelques années. Si les institutions internationales comme le FMI continuent de rassurer publiquement, elles exigent en coulisses des réformes de plus en plus brutales.
La Côte d'Ivoire est-elle en train de construire son futur sur du sable mouvant financier ? Le gouvernement assure que ces investissements porteront leurs fruits. Mais en attendant, la pression monte. À Abidjan, le dossier de la dette est devenu une patate chaude que personne ne veut tenir trop longtemps entre ses mains.
L'info choc : Selon les projections, d'ici la fin de l'année 2026, près de 4 francs CFA sur 10 récoltés par les impôts pourraient servir uniquement à payer les intérêts de la dette, avant même de construire la moindre route.
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