.jpeg)
L'ascenseur doré des maîtres des urnes
En Côte d’Ivoire, le sifflet de l’arbitre électoral possède une valeur inestimable
Le parcours de Robert Beugré Mambé, Youssouf Bakayoko et Ibrahime Coulibaly-Kuibiert met en lumière un système politique bien huilé
Après avoir validé et proclamé des victoires électorales hautement contestées pour le pouvoir, ces trois hommes ont vu leur loyauté récompensée par les décrets d'Alassane Ouattara
Pour l’opposition et la société civile, ce passage direct de la table de contrôle des votes aux privilèges des hautes fonctions de l’État ne laisse aucune place au doute
. Il s'agit d'un système d'intéressement politique institutionnalisé
Robert Beugré Mambé : Du nettoyage des listes au trône de la Primature
L’actuel Premier ministre incarne la réussite absolue de cette trajectoire. Éjecté de la présidence de la CEI en 2010 après des accusations de fraude sur le fichier électoral par le camp Gbagbo, il a pourtant balisé le terrain technique nécessaire au scrutin qui mènera Alassane Ouattara au pouvoir .
La reconnaissance du chef de l'État s'est traduite par une ascension fulgurante
- Le jackpot d'Abidjan : Nommé par décret en 2011 au poste de Gouverneur du District autonome d'Abidjan, il gère pendant plus de dix ans un budget colossal
- Le sommet de l'Exécutif : En octobre 2023, la consécration est totale [2]. Il est nommé Premier ministre, poste auquel il est reconduit au début de l'année 2026 pour diriger l'appareil gouvernemental du parti au pouvoir
- Youssouf Bakayoko : L'homme du Golf Hôtel payé en millions et en longévité.Le nom de Youssouf Bakayoko restera gravé dans l’histoire ivoirienne pour un geste d’une partialité dénoncée par ses détracteurs [1]. En décembre 2010, c’est depuis l’Hôtel du Golf — le quartier général de campagne du candidat Alassane Ouattara — qu’il proclame seul, face aux caméras, la victoire de ce dernier
Ce service rendu au cœur de la crise post-électorale lui a assuré un traitement de prince :
- Un bail de 9 ans : Maintenu par décrets successifs jusqu'en 2019 dans un fauteuil électoral ultra-exposé [1, 2].
- Rangs et privilèges : Il a bénéficié sa vie durant d'un traitement financier de rang ministériel, de passeports diplomatiques et d’une immunité totale à l'abri des poursuites judiciaires, jusqu'à son retrait définitif des affaires
Ibrahime Coulibaly-Kuibiert : Le magistrat du troisième mandat
Nommé en 2019 par le décret n°2019-775, le haut magistrat Ibrahime Coulibaly-Kuibiert a orchestré le processus électoral de 2020 [1, 2]. Ce scrutin, marqué par le boycott de l'opposition et des dizaines de morts dans les rues, s'est soldé par un score de 94,27 % en faveur du président sortant
- L'impunité face au scandale : Malgré les révélations de l'opposition concernant les milliers de « morts-vivants » inscrits sur les listes électorales, il a protégé le fichier jusqu’au bout
- Un repli stratégique doré : Après la dissolution choc de la CEI par le gouvernement le 6 mai 2026, ce magistrat hors hiérarchie retourne au sommet du corps judiciaire, conservant l'entièreté de ses émoluments et des avantages liés à son rang d’État en attendant sa prochaine nomination officielle
La fin d'un système à bout de souffle
Cette opulence partagée au sommet de l'État, alors que la population subit la cherté de la vie, a fini par rendre l’institution électorale totalement illégitime aux yeux des Ivoiriens [1, 2]. L’opposition politique, menée par le PPA-CI et le PDCI-RDA, n’a cessé de fustiger ces promotions qu'elle qualifie de « primes à la complicité »
La décision surprise du pouvoir de dissoudre la CEI en mai 2026 sonne comme l'aveu de décès d'une machine politique devenue trop visible
. Pour la société civile, la leçon est claire : pour les prochains scrutins, la Côte d'Ivoire a besoin de véritables arbitres, et non de futurs ministres
.jpeg)
