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ABIDJAN , Deux-Plateaux – L’amour fait rêver, mais il aveugle parfois. C’est sur ce terrain de la crédulité et du désir d'ailleurs que K. K. C., un Ivoirien de 33 ans au teint clair, avait bâti son business de l’illusion. Son personnage ? « Chris Khan Narkelz », un sémillant journaliste militaire allemand en mission pour l’Union européenne. Son arme ? La promesse d'un mariage fastueux et d'un départ imminent pour l’Allemagne. Un scénario de conte de fées qui s'est brutalement écroulé le mercredi 16 septembre 2026, stoppé net par les hommes du Commissariat du 12ᵉ arrondissement des Deux-Plateaux Vallon.
Le mirage des Deux-Plateaux : des valises pleines de larmes
Tout bascule en juillet 2026 quand K. J. d’A., une commerçante d’Abidjan, croise la route de ce supposé expatrié. Le piège de la séduction se referme vite. Très entreprenant, « Chris » lui promet le grand amour, la bague au doigt et une nouvelle vie en Europe. Finies les galères abidjanaises. Une seule condition préalable : verser 175 000 FCFA pour « constituer le dossier de voyage ». La commerçante s'exécute, des étoiles plein les yeux.
L'arnaque atteint son paroxysme le dimanche 2 août. Suivant les consignes de son prince charmant, la jeune femme fait ses adieux à sa famille. Des larmes, des embrassades, la promesse de ne pas les oublier depuis Francfort ou Berlin. Les valises bouclées, elle se rend à l’adresse indiquée aux Deux-Plateaux pour la semaine de concubinage avant le grand vol. Sur place, la sentence tombe : « Chris » n’existe pas à cette adresse. Le téléphone sonne dans le vide. L’amoureux a disparu, emportant avec lui ses illusions et ses économies. Effondrée, ses bagages à bout de bras, elle pousse la porte du 12ᵉ arrondissement pour porter plainte.
Badoo, Sococé et le coup de filet
Pendant que la police traque l'escroc, ce dernier ne chôme pas. Le 8 septembre, il réapparaît sur l'application de rencontres Badoo sous le même pseudonyme. Sa nouvelle cible est E. P., une agente commerciale à qui il réclame cette fois 400 000 FCFA. Face aux difficultés financières de sa victime, le prétendu diplomate feint la générosité et coupe la poire en deux : « Donne-moi 200 000 FCFA, je gère le reste ».
Le rendez-vous est pris le mercredi 16 septembre, non loin du centre commercial Sococé des Deux-Plateaux. L'argent change de main. Ce que le faux Allemand ignore, c'est que les enquêteurs sont tapis dans l'ombre. Avant qu'il ne puisse activer son habituel protocole de disparition — changer de puce et bloquer ses comptes —, les policiers surgissent et lui passent les menottes sous les yeux d'une victime incrédule.
Six femmes à son tableau de chasse : direction le Parquet
Au poste, le masque tombe. Le brillant reporter de l'UE redevient K. K. C., un as de l'escroquerie sentimentale. Devant les enquêteurs, le trentenaire passe à table et dévoile un mode opératoire parfaitement rodé, capitalisant sur son teint clair pour crédibiliser ses origins européennes.
L'audition va révéler une ampleur insoupçonnée. K. J. d’A. et E. P. ne sont que la face émergée de l'iceberg. L'escroc reconnaît avoir dépouillé quatre autres femmes selon le même procédé, leur extorquant à chaque fois des sommes allant de 100 000 à 200 000 FCFA. Au total, six victimes ont été recensées par la police.
Déféré devant le parquet d’Abidjan-Plateau sur ordre du procureur de la République, K. K. C. attend désormais son procès. L'histoire d'amour qui devait s'envoler vers l'Allemagne s'écrira finalement entre les quatre murs d'un tribunal.
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